Théâtre le Ranelagh

Actualité

28 octobre 2013

La Revue de Presse du Festival

3T Télérama, Fig Mag, L’Huma, Le Canard Enchaîné...Ces derniers jours d’octobre ont été très ’riches’ pour nous dans la presse, en voici quelques lignes qu’on ne résiste pas à vous faire lire :

TELERAMA.fr, édition du 24 octobre, article signé Françoise
TTT, on aime passionnément

Suzanne Simonin, née d’un adultère, est contrainte au couvent pour préserver la bienséance et la réputation de la famille. Elle affronte successivement trois mères supérieures dans son combat pour la liberté… Cette adaptation du roman posthume de Denis Diderot montre la lutte acharnée de la jeune fille contre l’enfermement et l’injustice qui lui est faite. L’interprétation des trois comédiens, tout en mesure et en intensité, laisse entendre la langue ciselée de Diderot et s’accorde avec les sonorités profondes de la viole de gambe (extraits musicaux de Sainte-Colombe, Bach…) et la sobriété de la scénographie. Une dominante de noir et de blanc (costumes, jeux de lumière…), où la parole à la fois libératrice, ressassée et vaine exprime le poids de la loi du silence. Très beau et émouvant.

LE FIGARO MAGAZINE, édition du 25 octobre, article signé Jean-Luc JEENER
Pour saluer Diderot
*** Le Neveu de Rameau
***La Religieuse

Théâtre du Ranelagh, Paris 16°.
Mort il y a trois cents ans, Diderot est toujours bien vivant.
Pour preuve, ce festival auquel nous convie le Ranelagh, qui est un des plus beaux théâtres de Paris. Cet écrin convient parfaitement à l’auteur du Paradoxe sur le comédien, qui prêche un théâtre légèrement distancié avec des comédiens qui
seraient avant tout les interprètes de leurs personnages. Non content de
reprendre avec Gabriel Le Doze ce Neveu de Rameau qui avait été le sommet
de la carrière théâtrale de Pierre Fresnay, Nicolas Vaude met en scène La Religieuse. Il le fait en croyant (qu’il est), dans Ie respect de la religion révélée. Et c’est ce qui
change tout. Avec lui - et il dit en ce sens être fidèle à l’esprit de Diderot -, La Religieuse n’est plus une charge aveugle contre l’Eglise
mais une réflexion sur la vocation.Suzanne Simonin n’est pas la victime d’une Eglise stupide et méchante, mais la soeur de toutes celles et de tous ceux qui sont
contraints de vivre ce pour quoi ils ne sont pas faits. En ce sens, elle est la soeur de souffrance des deux supérieures qu’elle doit subir. La première, qui fait de l’autorité son Dieu. La seconde, prisonnière de ses sens. Le message est clair : la clôture
est une liberté pour celles dont c’est la vocation, une abominable
prison pour les autres. Dans le rôle de Suzanne Simonin, Christelle
Reboul est magnifique. Tout comme Marie-Laurence Tartas, qui joue tous les autres rôles féminins.

L’HUMANITE, édition du 22 octobre, article signé par Lucile ROY
Diderot, un tricentenaire sur les planches
(Re)découvrir Diderot, avec le Neveu de Rameau et
la Religieuse, deux oeuvres majeures du philosophe toujours aussi actuelles.

Une fois franchies les portes, le Théâtre du Ranelagh transporte le spectateur dans un autre temps, entre escaliers de marbre, guéridons de bistrots parisiens et, surtout,
la somptueuse salle, toute de bois sculpte et de velours flamboyant. À l’occasion du
tricentenaire de la naissance de Diderot, le lieu organise un festival en son honneur, avec notamment la mise en scène du Neveu de Rameau et de la Religieuse, deux textes publiés à titre posthume. L’un est décrit comme un dialogue, l’autre comme un roman sous forme de mémoires, mais les voici tous les deux sur scène, prenant vie
à travers les comédiens de la Compagnie de Nicolas Vaude. Le Neveu de Rameau se déroule dans un décor sobre mais suffisant, habité par des comédiens au jeu remarquable dont l’échange est d’une étonnante modernité Le neveu (Nicolas Vaude), attachant par son allure débraillée, ses boucles en bataille et son rire communicatif, n’en reste pas moins un personnage effrayant par son discours, à la fois révoltant et terriblement juste, que le philosophe (Gabriel Le Doze) s’évertue à tempérer. Le tout est entrecoupé d’intermèdes musicaux au clavecin, interprété par Olivier Baumont, qui permettent à la fois aux comédiens de reprendre leur souffle, et aux spectateurs de méditer la richesse des répliques. La religieuse, quant à elle, jouée par Christelle Reboul,combine avec délicatesse une détresse justifiée par sa situation et une force de caractère propre à son personnage. Marie-Laurence Tartas et Frédéric Andrau se fondent dans les différents personnages secondaires, passant d’une mère cruelle à une autre perverse ou d’un avocat protecteur à un père bienveillant. Enfin, Christine Plubeau accompagne de sa viole de gambe ce ballet de métamorphoses, ainsi que des mots qui n’ont rien perdu de leur intensité avec les siècles.

LE CANARD ENCHAINE, édition du 23 octobre, article signé par Jean-Luc PORQUET
Le neveu de Rameau/La religieuse
(Diderot sans dédit)

LE spectateur. - Qu’apprends-je, Monsieur ? Qu’en ce tricentenaire de la naissance d’ice lui l’étincelant, bizarre et sublime chef-d’oeuvre de Diderot se joue en costumes
d’époque et en toute simplicité, sans que son metteur en scène, Jean-Pierre Rumeau, le farcisse de quelque gadget post-moderne, ainsi que procède actuellement
la Comédie-Française, qui donne « Hamlet » en habits seventies, avec pattes d’ef de rigueur et rouflaquettes assorties ?

Le critique. - Oui da, Monsieur. « Le neveu de Rameau » nous est présenté sans artefact, et mieux encore : sur scène, un claveciniste nous agrémente de quelques mesures signées Rameau, on ne fait pas plus XVIIe siècle.

- J’eusse préféré les Sex Pistols, plus conformes à l’allure du neveu. N’était-il pas le premier punk, après tout ?

- Ah, l’incroyable personnage ! On ne l’imaginait pas si bouffon. Nicolas Vaude lui prête sa tignasse ébouriffée, son air tantôt hagard, le voilà qui avale sa lèvre inférieure et
pousse en avant les incisives, tantôt rusé, ou simplement profond. Qu’une idée le traverse, et il s’agite de spasmes, postillonne à l’envi, gesticule au point que, si vous tenez absolument à des références contemporaines, on pourrait lui trouver des airs de De Funès. Son interlocuteur en est tout fasciné : « O fou, archifou, comment se fait-il que dans ta mauvaise tête il se trouve des idées si justes, pêle-mêle, avec tant d’extravagances ? »

- Diderot fasciné par De Funès, voilà qui promet !

- Gabriel Le Doze incarne un Diderot tout de blanc vêtu, d’épaules larges, la chevelure abondante, l’oeil rieur, un air à la De Niro, pour rester dans le contemporain... Il
fait bien sentir ce que l’encyclopédiste avait de costaud, de sain, et comme il était d’humeur généreuse. Au fil de ces dialogues tout emplis de furia francese, on comprend l’intérêt passionné qu’il porte au neveu, ce déclassé qui envie le génie de son musicien d’oncle, et se suit médiocre, et en souffre, et s’est résigné à vivre en pique-assiette, ne gagnant son couvert aux tables bourgeoises qu’à force de
méchantes saillies, « Je suis rare dans mon espèce, oui, très rare (...). Je suis un sac inépuisable d’impertinences », mais aussi d’idées proches du génie, en être à la fois amoral et épris de perfection. Envions les lycéens (et les autres) qui découvriront « Le neveu » sur ces planches : ils goûteront ensuite comme peu sa lecture.

- Et cette « Religieuse » ?

- Quel contraste entre ces deux pièces ! Il est conseillé de les voir à la suite l’une de l’autre en une même soirée, de façon à éprouver l’étendue du registre de Diderot. Ici,
c’est un violoncelle qui nous accompagne : l’oeuvre est grave, sombre, bouleversante autant que l’instrument le peut être.

- Elle est pourtant, si je ne m’abuse, mise en scène par ce même Nicolas Vaude qui jouait le neveu avec pétulance...

- Registre étendu là aussi, bravo ! On admirera, avant toute chose et sans conteste, Christelle Reboul, la jeune actrice qui s’est glissée dans la peau et l’habit de cette
Suzanne que sa propre mère condamne au couvent pour protéger sa réputation. Elle est tout en eau, en larmes, avec une vraie innocence d’enfant : le pathos quand il a
cette évidence, désarme le spectateur. F. porte haut ici la grande protestation de Diderot contre la privation de liberté, sa grande colère contre l’hypocrisie de l’Eglise
complice... Etonnante aussi, cette Marie-Laurence Tartas, qui incame une première mère supérieure sadique et sinistre, puis sur une simple volte-face une autre, que
ses désirs charnels pour Suzanne affolent, victime à sa manière de l’enfermement. Nous applaudîmes d’entrain.

- Au théâtre du Ranelagh, à Paris